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Ce que j'eus pu faire avec 38.000
Par mbougar
| 28/06/2015

Il paraît, donc, que le pécule des E.T. s’élèverait désormais à 27.000 francs. Pour la première brigade. La deuxième ? 38000. 38.000 francs. Qu’on me fiche la paix, avec le terrorisme religieux. Le vrai scandale de notre temps est là. 38.000 francs. Si le fait est avéré, c’est scandaleux. S’il ne l’est pas, c’est encore plus scandaleux : lancer pareille rumeur, hypothèse, blague, relève plus de la folie que de la facétie.

Evidemment, comme presque tous ceux qui ont connu le terrain « mbâm » alors qu’il était encore une réplique du Sahara (c’est devenu un palace avec du gazon désormais),  je suis jaloux et aigri. J’assume. A l’école, à mes heures de gloire, je percevais 10.936 francs. J’étais au sommet de la chaîne alimentaire, loin devant la mythique somme que la grande majorité recevait alors : 7936 francs –si les voleurs du Club Foyer n’avait pas « imputé », bien sûr. Enfin, revenons à l’essentiel : 10.936. C’est trois fois et demie moins que ce qu’un E.T. de la deuxième brigade perçoit aujourd’hui.

Qu’on me traite de réac, de vieux con, de conservateur. Je m’en cogne. Il y a des « juli golo » qui se perdent. Ce sera quoi, après ? Du caramel au beurre salé à la place du cirage lors de la nuit noire ? Plus d’insectes morts ou de viande avariée dans les plats ? De l’eau chaude à volonté ? La paix les chefs de classe ? Plus de troupeaux de vaches qui traversent calmement l’école ? Des toilettes propres en taule ? Des gonzesses nues à la place des CRICS ? 38.000 ! Bande de petits bourgeois biberonnés au petit lait, vêtus des tenues de sport avec jabot en dentelle. N’tchoréré vous conspue.

Bon, j’exagère un peu. Chacun son époque, sa chance, ses conditions. Des super-anciens ont dû s’étrangler lorsqu’ils apprirent que nous gagnions 7936 francs et que des chambres à quatre existaient désormais.

N’empêche. Je suis aigri. Car avec 38.000 en Première ou Terminale, j’aurais eu le monde à mes pieds. J’aurais pu, par exemple :

-payer toutes mes dettes chez les « mères çaaf », et ne plus être « Albert Camus » sur le cahier de dettes

-acheter du Nido ou du Laicran

-ne plus fuir Alpha et Thioye (même si essayer était voué à l’échec)

-aller 3 fois chez Mbayang

-aller 2 fois chez Assa (avant qu’elle ne parte, lassée par tous ceux qui la draguaient)  

-aller 1 fois chez Mère Gaïndé (le thon était frais parfois)

-allez 7 fois chez Niangue Saff (big up)

-acheter quelques dizaines de pain au lait chocolat-beurre (avec 100 francs de chocolat)

-emmener ma copine de Sankoré (c’était plus tendance que LCOFT ou LAF) manger un burger

-lui payer le taxi

-rentrer en taxi et non en Air Bango

-surenchérir lors des gagnzémani

-ne plus avoir de chaussettes trouées

-avoir des chaussettes

-rémunérer plus grassement le marabout du Barrage pour qu’il retrouve plus vite le fils de pute qui a volé mon couvre-lit et mon haut de pyjama

-acheter toute la glacière des crèmes « qualité »

-acheter la vendeuse par la même occasion

-m’offrir deux stylos bleus et deux rouges

-aller au bordel

-me permettre de ne pas aller faire le pique-assiette aux Thiants du vendredi

-avoir un lait de corps

-cesser de sucer le responsable de l’ordinaire pour un peu de sucre

Et avec tout cela, il me serait quand même resté 3645 francs. On ne sait jamais, les deux derniers jours avant la paie étaient souvent durs, il eût fallu être prévoyant. 

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